L’ennemie était frêle et douce. Ses yeux bleu marine me fixèrent avec une extraordinaire bonté. Sa douceur et sa prévenance m’hypnotisèrent. Paradoxaux, nos regards ne se croisaient pas. Nous définitions sans mot dire la synchronie de nos perceptions dans le champ restreint de nos visions asymétriques qu’imprimaient nos pupilles dilatées. L’observateur, le témoin excentré, hors de l’aveu des regards échangés se laissait accroire que l’amour électrisait nos iris étirés par des sentiments calorifères, euphoriques affranchis des scories des miroitements périphériques.
Le voyeur se trompe car il n’est pas ravi, absorbé par l’unicité des regards qui se font
face. Il est hors de portée, en dehors de la l’éclosion de l’intime. Le voyeur s’aveugle. Il est désaxé. S’il jurait de dire la vérité de ce qu’il a vu, toute la vérité, rien que la vérité, il
proclamerait la main sur le cœur avoir été témoin d’un épanchement, d’une électrolyse. Le voyeur s’aveugle. Il s"aveugle d’ y voir ce que
l’évidence, ce trop perçu de l’observation dilettante, ne fixe plus dans son obscure chambre des mémoires. La place du tiers le retire de la dualité. Le tiers. Le pas moins un de deux qui ne
feront jamais trois, pas plus qu’il ne fut un. Le tiers cet obscène spectateur qui dupe la trinité, non celle du ternaire mais la sainte. Le pas saint tiers refuse la sanctification trinitaire.
Il promeut la diabolique réitération qui désunit. L’altérité ne se rattache à aucun ego. Ce tout autre élément, petit ou grand se méprend.
Il contemple le reflet de son propre voyeurisme qu’il nomme « AMOUR » ou « DIEU » ; comme beaucoup d’autres d’ailleurs.
Instant volé. Eternité volatile. Ce voyeur aveuglé qu'il est parce qu'ébloui par sa propre effigie est un truisme érotique. Que d’innombrables choses
ont déjà a été écrites sur l’effondrement, l’envahissement , la disparition des mondes. Les regards se figent, s’absorbent en un point exact sur des méridiens et parallèles séparés. Et cet intrus
toujours s’invite. Il nous impose sa vision marginale d’un échange axial. Son regard obscène sature l’innocente intimité par d’innombrables fantasmes éculés. L’émotion l’a déserté L’amour ne
peut y loger. Sans foi, sans désir il ne tolère que la contemplation en miroir. Le spectateur sectateur hallucine ce qui ne peut être échangé car il
s’impatiente de ne pas tout saisir.
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