Depuis le 14 mai j’ai ouvert un blog, « Excès de soi sans ailes », à la mémoire de Françoise. J’aime imaginer le plaisir d’être lu par des personnes que je ne connais pas et que je ne rencontrerai sûrement jamais. Ce sont ces inconnus que j’invite à devenir mes familiers. C’est avec eux que je partage des morceaux de vie s’ils choisissent de me lire. Ils auront pour mes lecteurs, la brillance, je l’espère, l’intensité, la densité du quartz, et le mordant des bris de miroir qui refléteront des images diffractés.
Chaque fois que j’ouvre ce blog soit pour y ajouter un texte, soit pour y configurer quelques nouvelles fonctions, je m’empresse d’aller voir si quelqu’un y a laissé un commentaire. J’espère souvent trouver ces mots des autres qui pourront m’aider à penser, écrire et quelque fois vivre. De manière confuse encore je ne sais pas ce que je m’autoriserai à déposer sur ce blog. Vais-je pratiquer l’autocensure ? Alors je le destine aussi à mes proches – peut-être me sont-ils moins familiers ? N’écrirais-je rien qui puisse ternir l’estime que j’imagine et souhaite qu’ils ont pour moi ? Mais je rougirais quand l’un d’eux de me dire, le visage fermé ou affichant un rictus nerveux pour dissimuler une gêne évidente : « J’ai lu ton blog ». Sans retenue me mettrai-je à nu, mû par une impulsion exhibitionniste ? Je limite le risque de devoir faire face aux critiques sarcastiques de ceux qui me liront et jugeront mes actes, mes pensées. Souvent eux aussi ils seront agacés à cause de mes tergiversations, de mes langueurs et ces métaphores qui s’effilochent, ces démonstrations qui embrouillent.
Sur mon blog, j’ai déjà posté des poèmes, des citations, des critiques d’expositions. Je recule le moment de la publication des éléments de mon journal. Si j’ose le mettre en ligne, je lui enlève son caractère de confidentialité. Mon intimité exposée. C’est un oxymore agissant, un acting out. Tant pis pour la contradiction car elle n’est qu’apparente. Il me semble qu’en matière littéraire, comme dans d’autres peut-être, toute prise de position est un effet d’optique, de point de vue. Sans vouloir paraître péremptoire et sentencieux il me semble bien souvent que l’apparence des êtres, des choses tels qu’ils se laissent capter par nos regards, révèlent une aberration, un non-sens. Le défaut affleure à la surface de l’évidence, du lieu commun. La vérité est tapie dans l’épaisseur, le tréfonds des liens et des agencements paradoxaux. L’ambivalence des sentiments en est l’insigne. Je m’applique et me concentre pour rendre mes textes agréables à lire. Recevoir des commentaires sur ce qui a été c’est en quelque sorte donner un pan de réalité aux lecteurs imaginaires qui m’accompagnent toujours dans le travail d’écriture. Je leur adresse mes récits d’intimité. Dans ce « je » d’écriture, j’essaie de percevoir la trame de ce dialogue intimiste avec ces anonymes qui par là même accèdent à la réalité, celle que j’imagine. La cohorte fait écho au soliloque.
Pour m’affranchir d’une existence morne qui cherche une issue, un dégagement… peut-être un désengagement de liens aliénants, je ne tairais rien. J’irais à rebours pour aller de l’avant. Mes textes ne seront pas toujours contemporains à leur publication. Mais ce que j’y relaterai sera toujours d’actualité. Tantôt certains épisodes auront eu une incidence majeure sur ma personnalité, tantôt d’autres m’environneront, toujours encerclé par les ondes de chocs qu’ils ont propagées. Pour me sortir de l’impasse textuelle entre l’impudeur et le censure, j’ai opté pour le pseudonyme. Paul est mon troisième prénom et François est un hommage à mon amie du lycée qui a disparu dans des circonstances tragiques. Il y a plus d’un an qu’elle a mis fin à ses jours.
Je me suis inscrit dans plusieurs « communautés ». Elles regroupent les blogueurs autour de centres d’intérêts. Les miennes concernent la littérature, la poésie et aussi le journal, l’autobiographie, tout ce qui se rattache à « l’écriture du Moi ». La réponse de la « communauté » gay s’est fait attendre. J’ai craint d’abord d’en être évincé car mon blog n’est pas Hot et Sexy. Anne la modératrice propose un espace d’homosensualité, un autre néologisme qui nous invite à la tendresse et aux sentiments. La poésie et le rêve y ont cour dans cet univers par ailleurs essentiellement pornographique. Je vise forcément les sites pour les hommes car les pratiques et usages lesbiens ne me sont pas familiers. J’ai recours de temps en temps à ces lieux de sexualité virtuelle. Il est rare que s’en suive une rencontre intéressante, et plus rare encore un plan satisfaisant et généreux. Bref, je ne vais pas faire le difficile non plus car j’ai aussi à gérer mes moments de misère sexuelle.
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J'ai beaucoup apprécié les sculptures de Philippes Seené, puissantes mais légères,
esthétiques mais écorchées. Elles me semblent suggérer la souffrance qu'engentrent les mutations, l'angoisse, la perte. Ces sculptures massives et altières dégagent
une grande sensualité qui confinerait à l'érotisme. Mais ce sont des droïdes, des hommes-machines qui font l'expérience de l'érosion de l'être, réduit à un
facteur au service de la production mondialisée. Est-il humain dans la souffrance ? Si tel est le cas, la sensualité n'est pas loin de reprendre son
droit. Peut-on y voir l'allégorie d'une humanité fragilisée, précarisée mais en devenir d'humanisation, renonçant aux mythes de la toute puissance qui
cimentent les certitudes et les dictatures.








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